Le Centre de recherche

Nos tutelles

Rechercher




Accueil du site > À la une > Voir les articles de Une précédents

Comment les œufs de moustique s’assemblent à la surface de l’eau....

Comment les œufs de moustique s'assemblent à la surface de l'eau....

Des petites particules sphériques errent à la surface de l’eau et s’ignorent. D’autres, de même substance mais de forme allongée s’attirent puissamment et forment des structures aux motifs particuliers : lignes brisées, assemblées d’individus côte-à-côte, flèches... Dans la nature, le phénomène est observable avec les œufs de moustique anophèle (bestiole de sinistre réputation, vecteur de la malaria !), voire avec quelques grains de riz délicatement posés sur l’eau dans une cuvette. Au laboratoire, des structures très similaires sont produites avec des particules allongées en polystyrène, de quelques micromètres.

Quelle est la cause de ses agrégations particulières ? Simplement la forme des particules et sa conséquence sur la ligne de contact, c’est-à-dire la limite de la zone mouillée par l’eau sur la surface de la particule. Cette ligne n’est plane que pour une sphère, qui est un objet banal dans le laboratoire mais exceptionnel dans la nature. Les lignes de contact sur les objets allongés sont fortement non planes et distordent la surface de l’eau alentour. La distorsion est le messager indiquant la présence d’une particule à toutes les autres, et réciproquement. En résulte l’apparente grégarité de ces objets, œufs de moustiques y compris. L’histoire ne dit pas si cette propriété –simplement physique- a d’heureuses conséquences sur le taux de survie de ces sales bêtes. Les spécialistes, consultés, n’en savent rien…

Ces interactions entre ellipsoïdes sont étudiées au laboratoire, expérimentalement et par calcul numérique. La photo ci-contre, extraite du travail mené au CRPP*, vient de faire la couverture du numéro d’août de European Physical Journal. Les mêmes ellipsoïdes sont en vedette dans un article récent** concernant le phénomène de « tache de café ». Nous savons bien que le liquide d’une goutte de café, en s’évaporant, laisse sur la table une auréole. Le phénomène est facilement reproduit en laboratoire : avec des particules sphériques à la place des petits grains de café, on obtient le même genre d’auréole. Remplacez les sphères par des ellipsoïdes : l’auréole disparaît, laissant une tache uniforme. La cause du phénomène ? Les mêmes interactions, qui assemblent les œufs de moustique !

* J.C. Loudet and B. Pouligny, “How do mosquito eggs self-assemble on the water surface”, EPJE 34 (8), 76 (2011).

** P. J. Yunker, T. Still1, M. A. Lohr and A.G. Yodh, “Suppression of the coffee-ring effect by shape-dependent capillary interactions”, Nature, 476, 308 (2011)

La couverture du numéro d’août de European Physical Journal